Peter Makolies
Comme on émigre vers le soleil et l’eau-mère, Peter Makolies va au marbre et à ses veines. Il y choisit les blocs qu’il sculptera à Dresde qu’il pleuve ou vente, matière et formats commandent et non les aises du sculpteur.
Avec mesure, il taille et polit la démesure de nos fantasmes et de nos ferveurs, exhumant les figures mythiques de notre imaginaire et du sien pour les dédier à la lumière. L’attente, l’angoisse, la ruse et la tendresse habitent la sagesse des corps puissants et raffinés. A la fois cariatides et totems, les marbres de Makolies intègrent le choc du premier regard à la vue cavalière de l’artiste du vingtième siècle qui récuse, choisit et relie.
Draper, nouer des cordelettes sur les pures formes oblongues qui choient avec éclat n’est point vêtir ou dévêtir ; c’est informer notre regard à la manière de ces petites flèches rouges sur les toiles de Klee.
Les jeunes prêtresses sont tout entières
à leurs genoux
sagement joints
sous les plis
dans les mains
scellées
à leurs pieds.
Dans ces fragments consacrés, lestés de ce qui n’est plus que lumière, mimer la mutilation, la parfaire, c’est l’annuler.
Février 1989, Marie-Lys Singaravélou
Biographie
Peter Makolies vit et travaille à Dresde (ex RDA), il à 70 ans.
Il a partagé jadis son atelier avec Ralf Winkler connu sous le nom de Penck depuis son passage à l’ouest, G.Baselitz et G.Richter (expose en février 2008 à Baden Baden et à Paris), dans la mouvance de Strawalde, artiste plasticien, poète, pédagogue, cinéaste, fédérateur d’électrons libres et talentueux depuis la naissance de la RDA. Un film tourné en 1961 atteste l’effervescence de ces années communes.
Makolies à pris congé de la perfection de ses fragments néo-classiques, de ses figures totémiques et se concentre désormais sur ce qu’il appelle « Feldsteine » ou pierres des champs « cueillies » lors de ses migrations estivales vers son atelier au bord de la Baltique.
Il compose avec ces fruits très lourds, étranges, roulés par d’innombrables glissements tectoniques. Il fait affleurer sous son ciseau un visage, un fragment de visage, paupières et lèvres closes sur des siècles de joies et de peines. La courbe d’une joue, le gonflement d’une tempe, le pli d’une bouche candide, affleurent. La grâce de l’instant effleure la pierre dure et qui dure…
M-L.S

