Dominique Dubernard
Je voudrai parler du sens global.
Je ne fais pas une expo pour un tableau. C’est tout un ensemble. Mon travail continue et se continue après le séchage.
J’essaie d’ouvrir hors du commerce, du consensus, du beau ou de l’acrobatique ma liberté à portée de ma main. J’essaie d’ouvrir ma liberté pour ne rien manquer. En marge de mon bain occidental, de nos habitudes attendues. J’essaie d’œuvrer pour une mise en forme possible. Avec les moyens du bord, j’essaie de trouver de l’invisible, des constructions intuitives, inéluctables.
Fini la nécessité d’être déchiffré. Fini les déceptions sentimentales. Fini d’être le spectateur de ses compositions, comme assis devant un miroir.
Je préfère être dans la toile, du côté de ce que le monde voit, car en fait, à bien y réfléchir, je préfère être du côté de la réalité.
Par glissements légers, j’ai appris à faire confiance à cette drôle d’histoire.
Jeudi 22 mai 2008, Dominique Dubernard
En plein soleil, …en plein soleil, je laisse sécher mes couleurs, je me recule, puis, vu du ciel, mon ombre portée sur la toile suit la ligne des crêtes.
Les tam-tams déterminent des sortes de limites rassurantes. Les couleurs en trop sont recouvertes par d’autres matières qui effacent.
C’est la naissance des repentirs.
Des repentirs assimilés, ingurgités, définitivement adoptés.
Je ne les négocie plus, je recouvre ma liberté des ciels.
Ces épaisseurs dodues, malhabiles, témoignent qu’il y avait quelque chose là.
Il y avait une autre vérité, des discours, des traces ; ailleurs : des mains peintes sur des parois.
Près de chez moi meurent de vieilles tombes en béton moussu.
Peu à peu le paysage les efface.
Quelques mémoires bosselées résistent.
Quand le soleil se couche, on aperçoit sur chaque visage l’ombre dessinée d’une histoire.
Sous les couleurs existe l’ombre d’autres couleurs.
Mars 2008, Dominique Dubernard
Les toiles ne m’appartiennent plus…
elles sont accrochées.
C’est à vous d’en faire usage, d’essayer…
Ma démarche personnelle est en rideau, elle ne se contentera que de souvenirs.
Nos univers sont en parallèles.
À vos questions, je ne répondrai que oui ou peut-être, ou je ne répondrai pas.
Et… si vous me donniez vos versions les plus torrides possibles, alambiquées jusque dans des détails fous ; sorti de mes rêves immodestes vous me réveillerez comme les vagues du ressac, la nuit, dans l’ombre, comme dans une justice.
Les toiles sont à vous, bien éloignées de moi, dans vos régions préférées. Dans vos yeux étrangers et humains je finirai bien par vous aimer, aimer vos interprétations. Sachez que vos idées ajoutées les unes aux autres sont les idées unanimes.
N’ayez pas peur de ne rien piper… c’est vous qui construisez !
À partir de maintenant, après avoir laissé filer ma propre façon de faire, je suis obligé de me fabriquer d’autres traces.
Mes toiles accrochées, il m’est difficile d’y retrouver la même température qu’aux origines. Par peur d’en raboter les assemblages, de vous inventer une histoire de dernière minute, je préfère fuir, loin, loin, très loin sur l’horizon.
Une fois de plus, c’est bien vous qui m’avez inspiré. Cachés dans les tumultes quotidiens, c’est bien vous qui formez ces images, le soir, dans des bars ou ailleurs, la nuit, la musique à fond, la tête pleine de rêves. Prenez en patience ces décalages diurnes, ces univers parallèles. Je vous écoute jusque dans vos plus profondes promenades.
Sachez vous remémorer vos bien soutirés, vos arpéges replacés !
Sachez retrouver un peu de nous-même !
Débroussaillez nos sentiers !
septembre 2008, Dominique Dubernard

